Mener (verbe)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

(se conjugue comme Amener ). X e siècle. Issu du latin minare, « menacer », le verbe ayant glissé du sens de « menacer les bêtes (pour les faire avancer) » au sens de « guider, conduire ».

I. Faire aller avec soi, conduire vers.
1. Conduire quelqu'un vers une personne, l'accompagner jusqu'à un lieu. Menez-moi chez lui. Je vous y mènerai. Mener un enfant à l'école. Mener en prison. Mener la mariée à l'autel. Par méton. Mener quelqu'un au spectacle. Mener des troupes au feu, au combat. Mener un condamné au supplice. Fig. Mener une armée à la victoire. Mener quelqu'un au succès, à sa perte. Mener un pays à la ruine. Par ext. Ce chemin mène tout droit au village. Ses pas l'ont mené jusqu'à la rivière. En termes de chasse. Les chiens ont mené les chasseurs jusqu'à la bauge. Le cerf a mené bien loin la chasse. Expr. fig. Cela ne mène à rien, ne mène nulle part, on ne saurait en espérer aucun avantage, aucun résultat heureux. Mener loin quelqu'un, lui apporter la réussite, les succès, l'engager plus qu'il ne lui conviendrait, ou l'entraîner dans une démarche dont on ne peut prévoir les conséquences. Cette affaire peut le loin. Cela nous mènerait trop loin, nous écarterait trop de notre sujet. Mener loin, en parlant de provisions, d'argent, etc., suffire longtemps aux besoins de quelqu'un, lui durer longtemps. Prov. Tous les chemins mènent à Rome, divers moyens conduisent à la même fin.
2. En parlant d'animaux. Mener les bêtes aux champs. Mener un cheval à l'abreuvoir . Mener les chevaux boire. Mener paître un troupeau.
3. Vieilli. Porter, transporter une marchandise d'un lieu à un autre. Mener du blé au marché. Mener du bois, du charbon par bateau.
4. Diriger, entraîner un groupe de personnes en marchant à leur tête. Mener un cortège, un convoi. Mener une troupe à l'assaut. Par ext. Il a mené l'assaut à la tête de ses hommes. Mener la marche. Mener le deuil, dans une cérémonie funèbre, être à la tête des personnes qui forment le cortège. Mener le bal. Mener la danse, voir . . Mener le peloton, être à sa tête et l'entraîner. Par ext. Mener la course ou, absolt., mener. Il a mené depuis le départ, sur tout le parcours. Mener à la marque, devancer l'adversaire d'un certain nombre de points. Ce joueur mène par cinq jeux à deux ou, ellipt. et fam., mène cinq-deux.

II. Diriger, faire aller dans une direction déterminée (entre dans de nombreuses locutions et expressions dont la définition figure à une autre entrée).
1. Faire avancer, diriger dans ses mouvements, ses évolutions. Mener un cheval à la main. Mener un attelage. Mener un bateau. Par anal. Mener une droite, une perpendiculaire, la tracer. Fig. En parlant d'une personne. Faire agir à sa guise, gouverner, diriger. C'est un homme faible qu'on mène comme on veut. Il se laisse par son associé. Mener doucement quelqu'un, avec ménagement . Il mène trop rudement ses hommes. Par ext. C'est l'intérêt qui le mène, qui détermine ses actions, sa conduite. Expr. fig. Mener la barque, être celui qui commande. Mener sa barque, conduire sa vie, ses affaires. Mener quelqu'un en bateau (fam.), le mystifier, lui en faire accroire. Mener quelqu'un en laisse, le tenir sous sa dépendance. Mener quelqu'un à la baguette. Se laisser par le bout du nez (fam.).
2. Prendre la direction et le contrôle d'une entreprise, régler la conduite d'une affaire et en assurer comme on l'entend le déroulement. C'est lui qui mène les opérations. Mener un débat, les débats. Mener le jeu, la partie, les animer en gardant l'initiative. Mener une négociation, une enquête. Mener plusieurs intrigues, plusieurs affaires de front, s'en occuper en même temps. Au participe passé, adjt. Un récit bien mené. Loc. et expr. Mener à bien, à bonne fin. Mener rondement une affaire, la traiter avec efficacité et promptitude. Mener bon train, progresser, avancer à une allure soutenue. Mener grand bruit, grand tapage, faire beaucoup de bruit. Mener quelqu'un, quelque chose tambour battant. Mener sa vie comme on l'entend, vivre à sa guise. Mener joyeuse vie. Mener la vie à grandes guides, grand train, vivre de manière large et dispendieuse. Mener une vie de bâton de chaise (fam.), une vie agitée et déréglée. Mener la vie dure à quelqu'un, le traiter sans ménagements, le harceler. Fam. Il n'en mène pas large, il est dans une situation fâcheuse, embarrassante, et le laisse voir.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

Conduire quelqu'un vers un être ou une chose. "Vous savez le chemin, menez-nous. Si vous n'y êtes jamais allé, je vous y mènerai. Mener un enfant à l'école. Mener la mariée à l'autel. Mener un aveugle par la main. Menez-moi chez lui. Mener des troupes au combat, à l'assaut, au feu."
Par extension, "Ce chemin mène à tel endroit," On va, par ce chemin, à tel endroit.
Prov., "Tout chemin mène à Rome." Voyez CHEMIN. "Cela ne mène à rien," On n'en saurait espérer aucun avantage.
Prov. et fig., "C'est un aveugle qui mène l'autre." On dit aussi "C'est un aveugle qui en conduit un autre." Voyez AVEUGLE.
MENER signifie aussi Conduire par force en quelque endroit. "Mener en prison. On le menait au supplice."
"Mener le deuil," dans une cérémonie funèbre, Être à la tête des parents, des amis, de toutes les personnes qui forment le cortège. On dit plutôt aujourd'hui "Conduire le deuil."
"Mener la danse," Être à la tête de ceux qui dansent. On a dit dans le même sens "Mener le branle."
Fig., "Mener la danse," Entraîner les autres, prendre l'initiative et la direction d'un mouvement. "Une terrible rébellion s'organise : c'est ce fameux agitateur qui mène la danse." On dit aussi "Mener le branle, le jeu."
MENER se dit aussi des Animaux. "Mener les bêtes aux champs. Mener paître des vaches. Mener les chevaux boire, les à l'abreuvoir. Mener les chevaux au marché. Mener un cheval à la main. Mener des chiens en laisse."
Fig., "Mener de front." Voyez FRONT.
MENER signifie également Diriger un véhicule, une embarcation. "Mener une charrette. Mener un bateau, une barque." Absolument, "J'ai un cocher qui mène grand train."
Fig., "Mener bien sa barque." Voyez BARQUE.
MENER signifie aussi Voiturer quelqu'un ou quelque chose. "Mener du blé au marché, des marchandises à la foire, du bois par bateau. J'ai là ma voiture, voulez-vous que je vous mène quelque part?"
MENER signifie en outre Se faire accompagner de ou par. "Il mène bien des gens à sa suite. Il mena tout son monde avec lui."
MENER signifie au figuré Faire agir, gouverner quelqu'un à sa guise. "Il le mène comme il veut. C'est un pauvre homme, il se laisse par sa femme."
Fig. et fam., "Mener quelqu'un à la baguette." Voyez BAGUETTE.
Fig. et fam., "Mener quelqu'un par le nez," "par le bout du nez," Abuser de l'ascendant qu'on a sur quelqu'un pour lui faire faire tout ce qu'on veut. "C'est un homme à par le nez," C'est un homme faible, crédule, sans caractère.
Fig. et fam., "Mener quelqu'un en lisière, tenir en lisières," Tenir sous sa dépendance.
Fig. et fam., "Mener quelqu'un en laisse." Voyez LAISSE.
"Mener doucement quelqu'un," Le conduire avec ménagement, l'épargner, éviter de le fâcher, de le révolter. "C'est un enfant timide, menez-le doucement. Mener rudement quelqu'un," Le forcer à faire ce qu'on veut.
Fig. et fam., "Mener quelqu'un tambour battant, le bon train, grand train." Voyez BATTRE et TRAIN.
"Mener loin quelqu'un," L'engager dans une affaire plus qu'il ne lui conviendrait; l'entraîner dans une démarche dont on ne peut prévoir les conséquences. "Si vous prenez ses paroles pour des vérités, il vous mènera loin." Dans un sens un peu différent, "Mener loin quelqu'un," Lui donner bien de la peine, lui susciter bien des ennuis.
Il signifie, en termes de Chasse, Forcer à suivre. "Le cerf a mené bien loin la chasse; il l'a menée jusqu'à tel endroit."
MENER se dit aussi figurément de Ce qui dirige, de ce qui détermine les hommes. "L'ambition, l'intérêt le mène. Le talent mène plus souvent à la réputation qu'à la fortune. Le jeu mène loin."
MENER signifie encore, en parlant des Choses, Administrer, diriger. "Mener la maison, le ménage. Mener une négociation, une affaire. Une affaire bien menée."
Fam., "Mener rondement une affaire," La traiter avec activité, avec promptitude, sans trop s'attacher aux détails.
"Mener une vie sainte, une vie honnête, une vie exemplaire, une vie scandaleuse," Vivre saintement, honnêtement, de manière exemplaire, scandaleusement, etc.
"Mener un train, un grand train, grand train. Mener la vie à grandes guides." Voyez TRAIN, GUIDE.
Fig., "Mener grand deuil de quelque chose," En être fort attristé.
Fam., "Mener grand bruit," Faire grand fracas.
Par extension, "Mener loin quelqu'un," lorsqu'il s'agit de choses qui se dépensent ou se consomment, signifie Fournir longtemps aux besoins de quelqu'un, lui durer longtemps. "Ces provisions peuvent encore nous loin." Il s'emploie plus ordinairement avec la négation. "Cet argent ne le mènera pas loin, pas bien loin, guère loin. Ces munitions ne nous mèneront pas loin, ne peuvent nous bien loin."
On dit absolument "Cela ne mène pas loin."



Dictionnaire d'Emile Littré

Verbe 



 1   Faire aller, en allant soi-même d'un lieu à un autre. Menez-moi chez moi dans votre voiture. Mener une femme par la main.
RÉGNIER: « La dame du logis me mène au lieu secret »
MOL.: « Ne soyez point en peine où je vais vous ; C'est un logement sûr que je vous fais donner »
BOILEAU: « [L'ode] Mène Achille sanglant aux bords du Simoïs »
RAC.: « Je voudrais donc, seigneur, que ce mortel heureux.... Aux yeux de vos sujets dans Suse fût mené »
VOLT.: « Olympie en triomphe aux dieux sera menée »
VOLT.: « J'avais autrefois un père qui était grondeur comme M. Grichard.... je menai mon père au Grondeur [comédie], je priai l'acteur d'ajouter ces propres paroles [prononcées par le père de Voltaire dans une gronderie] à son rôle, et mon bonhomme de père se corrigea un peu »
    Il se construit avec un infinitif.
LA FONT.: « Le charton n'avait pas dessein De les voir Tabarin »
PERRAULT: « Ah ! s'écria la bûcheronne, pourrais-tu bien toi-même perdre tes enfants ? »
    Fig. et populairement. Mener quelqu'un par un chemin où il n'y a pas de pierres, le poursuivre vivement, ne pas le ménager.
    Mener les ennemis battant, les obliger à se retirer précipitamment, et les poursuivre dans leur fuite.
    Le sens de la locution est les ennemis, leur faire la conduite avec hâte et activité ; on disait autrefois : le messager vint battant ; voy. BATTANT, à l'historique.
    Fig. et familièrement. Mener quelqu'un battant, tambour battant, remporter sur lui l'avantage en peu de temps, le forcer à faire ce qu'on veut.
    Fig. Mener se dit d'un maître qui instruit son élève.
FONTEN.: « Il se mit en état d'aller trouver un maître de mathématiques, qui lui promit de le vite et lui tint parole »
    Terme de féodalité. Mener bannière, réunir le ban du fief, exercer le droit de banneret.

 2   Par extension. Ce chemin mène à tel endroit, on va par ce chemin à tel endroit.
DU RYER: « Sur un chemin qui mène D'un rivage du Tibre au quartier de Porsenne »
VOLT.: « Ce salon, qui conduit à ceux de Nicéphore, Mène aussi chez Irène »
    Fig.
J. J. ROUSS.: « Si je suis un hypocrite, je suis un sot ; car il faut l'être beaucoup pour ne pas voir que le chemin que j'ai pris ne mène qu'à des malheurs dans cette vie »

 3   Conduire chez quelqu'un, introduire, donner accès. Menez-moi chez le ministre.
SÉV.: « Ma nièce de Bussy est veuve ; son mari est mort d'une horrible fièvre ; la maréchale de Schomberg veut que je l'y mène [chez cette nièce] après dîner »
VOLT.: « L'abbé de Châteauneuf me mena chez elle [Ninon de Lenclos] dans ma plus tendre jeunesse ; j'étais âgé d'environ treize ans ; j'avais fait quelques vers qui ne valaient rien, mais qui paraissaient fort bons pour mon âge »

 4   Faire danser certaines danses, comme les branles où tous les danseurs imitent ce que le premier a fait.
SÉV.: « Le roi dansera, et Monsieur mènera Mlle de Blois, pour ne pas Mademoiselle sa fille qu'il laisse à M. le Dauphin »
SÉV.: « Tout était préparé pour le bal ; le roi mena la reine »
HAMILT.: « Il vint le prier de la Blake »
    Mener la danse, être à la tête de ceux qui dansent.
CHATEAUB.: « Vertumne avec Zéphyr menait des danses éternelles »
    Dans le même sens, le branle.
    Fig. Mener le branle, la danse, être le premier à faire quelque chose. C'est à vous de le branle.

 5   Conduire par force en quelque endroit. On le menait en prison, au supplice.
MAIRET: « On te mène égorger, innocente victime »
CORN.: « Qu'on me mène à la mort, je n'ai plus rien à dire »
BOSSUET: « Le roi est mené de captivité en captivité, et la reine remue en vain la France, la Hollande, la Pologne même et les puissances du Nord les plus éloignées »
RAC.: « Où menez-vous ces enfants et ces femmes ? »
    Fig.
BOSSUET: « C'eût été un soutien sensible à une âme comme la sienne d'accomplir de grands ouvrages pour le service de Dieu ; mais elle est menée par une autre voie, par celle qui crucifie davantage.... »
    Fig. et familièrement. Mener quelqu'un à la baguette, le traiter avec hauteur, lui faire faire par autorité ce qu'on veut.

 6   Être à la tête de, faire marcher. Mener une troupe.
DU RYER: « Horace, qui menait le reste des Romains, Se retourne vers eux, leur fait signe des mains »
BOSSUET: « Voilà celui qui nous menait dans les hasards »
FLÉCH.: « C'est [une armée] un assemblage confus de libertins qu'il faut assujettir à l'obéissance, de lâches qu'il faut au combat, de téméraires qu'il faut retenir.... »
    Fig. Mener des troupes à la boucherie, les exposer à une mort presque certaine.
    Mener le deuil dans une cérémonie funèbre, être à la tête des parents, des amis, de toutes les personnes qui forment le cortége.
CHATEAUBR.: « Qui de nous n'a mené le deuil autour d'un tombeau, n'a fait retentir le cri des funérailles ? »
V. HUGO: « Autour du froid tombeau d'une épouse ou d'un frère Qui de nous n'a mené le deuil ? »
    Un air à un mort en terre, air triste, lugubre, ennuyeux.
    Familièrement. Mener la bande, être le chef d'une association d'intérêt ou de plaisir.
    On dit dans le même sens : C'est lui qui mène les autres.

 7   En parlant des animaux, les conduire. Mener les bêtes aux champs. Mener paître des vaches.
LA FONT.: « Menons-en une [oie] en notre bois, J'aurai soin de la faire paître »
    Mener les chiens à l'ébat, les promener.
    Mener de front trois chevaux, quatre chevaux, guider trois chevaux, quatre chevaux attelés sur une même ligne.
    Fig. Mener de front plusieurs affaires, les conduire à la fois.
    Mener de front plusieurs sciences, les cultiver en même temps.
    On dit dans un sens analogue : Il mène de front les affaires et les plaisirs, c'est-à-dire il a beaucoup d'affaires et beaucoup d'amusements.
    Terme de chasse. Mener la quête, faire une battue pour trouver la perdrix.
    Terme de manége. Mener son cheval en avant, lui faire continuer son allure quand il paraît vouloir la ralentir. Mener un cheval droit, le placer de manière que ses épaules et ses hanches soient sur la même ligne. Mener un cheval en main, le conduire sans être monté dessus.
    Absolument. Le pied qui mène, se dit du pied droit de devant du cheval. Mener sur le bon pied, se dit du cheval qui, pour galoper, part du pied droit de devant.

 8   Conduire, en parlant des voitures de terre et d'eau. Mener une charrette, un carrosse, un cabriolet. Ces gens menaient un bateau.
    Absolument. J'ai un cocher qui mène bien, qui mène grand train.
COLLIN D'HARLEVILLE: « Mme de Roselle : Vous êtes postillon ? - Le postillon : Madame, à vous servir ; Et chacun vous dira que je mène à ravir »
    Fig. Mener bien sa barque, conduire bien ses affaires.

 9   Mener, se dit d'un voiturier, d'un batelier qui conduit des voyageurs.
SÉV.: « Il [un batelier lors de la fuite de la femme de Jacques II] ne croyait que des gens du commun, comme il en passe souvent [d'Angleterre en France] »
    Voiturer. Mener du blé au marché, du bois par bateau.

 10   Se faire accompagner ou suivre, emmener, amener. Il mène bien des gens à sa suite. Il mena tout son monde avec lui.
SÉV.: « Le roi mène peu de troupes et la moitié de sa garde »
SÉV.: « Votre enfant était chez Mlles de Castelnau.... il avait mené un hautbois, on y dansa jusqu'à minuit »
SÉV.: « Mme du Puy-du-Fou ne veut pas que je mène la petite enfant ; elle dit que c'est la hasarder »

 11   Être cause qu'on suive, qu'on aille après. Ce voleur s'est enfui, il a mené loin les gendarmes qui le poursuivaient.
    Fig.
SÉV.: « La première chose qui saisit mon imagination la mène si loin, que cela compose souvent une loge des Petites-Maisons »
SÉV.: « Une de nos folies a été de souhaiter de découvrir tous les dessous de cartes.... cette folie nous mena bien loin, et nous divertit fort »
    Fig. Ceci me mènerait trop loin, m'écarterait de mon sujet.
    Fig. Mener loin, entraîner à des conséquences compromettantes.
BOSSUET: « Ceux qui prendront les tours d'esprit pour des faits et toutes les belles paroles pour des vérités n'ont qu'à se livrer à M. de Cambrai [Fénelon] : il saura les loin »
    Fig. Mener loin, faire courir de grands risques, impliquer dans une grave affaire.
MOL.: « On peut vous loin avec de pareils gages »
    Fig. Mener loin, avec un nom de chose pour sujet, compromettre, exposer à des difficultés, à des périls. La signature qu'il a donnée peut le loin. Le jeu, les femmes mènent loin, bien loin.
GENLIS: « Il ne faut jamais s'écarter de ses principes ; le contraire pourrait loin »
    Fig. Mener loin, lorsqu'il s'agit de choses qui se dépensent ou se consomment, signifie fournir longtemps du secours à quelqu'un, lui durer longtemps. Ces provisions, cet argent peuvent encore nous loin.
LE SAGE: « Cela ne put le loin, et il demeura bientôt sans ressource Fig. Exercer sur quelqu'un une action comparée à celle d'un homme qui en mène un autre, le gouverner, lui faire faire ce qu'on veut. »
MOL.: « Allez, allez, il ne faut pas se laisser comme un oison »
MOL.: « Il faut pourtant paraître ferme au premier choc, de peur que, sur votre faiblesse, il ne prenne le pied de vous comme un enfant »
MOL.: « Il y a de certains esprits.... qu'on ne mène qu'en tournant où l'on veut les conduire »
LA BRUY.: « Dans la société, c'est la raison qui plie la première : les plus sages sont souvent menés par le plus fou et le plus bizarre »
FÉN.: « Pour se laisser sans résistance »
VOLT.: « Il [Marlborough] menait le parlement par son crédit et par celui de Godolphin, grand trésorier »
GRESSET: « Au fond, elle vous mène, en vous semblant soumise »
J. J. ROUSS.: « Mes amis et mes connaissances menaient cet ours si farouche comme un agneau »
J. J. ROUSS.: « On ne connaît point les préjugés quand on les adopte, et l'on ne mène point le peuple quand on lui ressemble »
MARMONTEL: « Le point le plus essentiel dans l'art de les esprits, c'est de leur cacher qu'on les mène »
    Mener quelqu'un par la lisière, à la lisière, le conduire, le gouverner comme un enfant.
    Mener quelqu'un en laisse, en disposer à son gré, le conduire comme on veut.
    Mener quelqu'un par le nez, abuser de l'ascendant qu'on a sur quelqu'un ou de sa faiblesse d'esprit pour lui faire faire tout ce qu'on veut.
MOL.: « Vous... Et vous faites en bête par le nez »
TH. CORN.: « Vous me pensiez par le nez comme un ours »
LEGRAND: « C'est un sot, un benêt que je mène par le nez plus facilement que mes chevaux par la bride (Cette locution est prise de l'usage de conduire certains animaux, les ours, les buffles, à l'aide d'un anneau passé dans le nez). »
    C'est un homme à par le nez, c'est un homme faible, crédule, sans caractère.
MOL.: « Qu'est-il besoin pour lui du soin que vous prenez ? C'est un homme, entre nous, à par le nez »

 12   Fig. Agir envers quelqu'un de telle ou telle façon, le traiter de telle ou telle façon. Mener doucement quelqu'un. C'est un enfant timide, menez-le doucement. Il le mena fort rudement.
    Mener rudement, faire subir de grandes pertes, en parlant d'actions militaires.
VAUGELAS: « Les Perses menaient rudement la cavalerie thessalienne »
    Familièrement. Mener quelqu'un rudement, le comme il faut, lui donner bien de la peine, lui susciter bien des affaires.
    Familièrement. Mener quelqu'un bon train, de la belle manière, le traiter sans ménagement.
VOLT.: « Je mène tous ces faquins-là assez bon train »
P. L. COUR.: « Le préfet s'est avisé d'y trouver à redire ; là-dessus nous l'avons mené de la belle manière »
    Mener follement, se moquer par des plaisanteries qui font beaucoup rire.
SÉV.: « J'ai dîné avec le coadjuteur, il se plaint de la cruauté de l'abbé qui l'a laissé seul à Paris ; le pauvre homme ! sans amis, sans connaissances, sans maisons, ne sachant où donner de la tête ; nous avons mené assez follement cette plainte »
    Il se dit des souffrances qu'infligent les maladies.
SÉV.: « Il [M. de Grignan] a été mené quatre ou cinq jours fort rudement de la colique et de la fièvre continue, avec deux redoublements par jour »
    Mal , voy. MALMENER.
    Cette médecine l'a mené doucement ou rudement, elle l'a peu ou beaucoup tourmenté, en le purgeant.

 13   Fig. Amuser par des paroles, par des espérances. Il y a six mois que vous me menez sans que je voie aucun effet de vos promesses.

 14   Fig. Il se dit des choses que l'on fait aller, dont on tient la conduite, le fil.
MAIRET: « [Il] Mena si bien la fourbe et la tint si secrète.... »
CORN.: « Envieux l'un de l'autre, ils mènent tout par brigues, Que leur ambition tourne en sanglantes ligues »
SÉV.: « Mme de Monaco mène cette affaire »
BOSSUET: « Il faut les choses avec douceur et prudence »
REGNARD: « C'est vous, à ce qu'on dit, qui menez cette intrigue »
    Mener à bien, terminer, achever heureusement une chose.
BEAUMARCH.: « Ce n'est rien d'entreprendre une chose dangereuse ; mais d'échapper au péril en la menant à bien.... »
    Familièrement. Mener rondement une affaire, la traiter avec activité sans trop s'attacher aux détails.
    Mener une vie..., vivre d'une certaine façon.
CORN.: « Ils mènent une vie avec tant d'innocence »
MONTESQ.: « Je suis presque toujours enfermé dans un cabinet où je mène la vie d'un savant »
VOLT.: « Vous devez une vie très heureuse : vous vivez avec les belles-lettres, la philosophie, tous les arts »
    Mener un train, un grand train, grand train, faire beaucoup de dépense, vivre avec faste.
    Mener un train, signifie aussi se conduire d'une certaine façon.
MOL.: « Et vous menez sous cape un train que je hais fort »
    Familièrement. Mener grand deuil de quelque chose, en être fort attristé.
    Mener beau bruit, grand bruit, faire beaucoup de bruit. Et elles [des personnes en société] mènent un si grand bruit, que, bien souvent, elles n'entendent plus ce qu'elles disent, MLLE DE SCUDÉRY, Convertions, De la conversation.
    Mener la parole, s'en servir habilement.
SÉV.: « Elle mena la parole si bien, si vigoureusement, si capablement, qu'il [le chevalier] en fut ravi pour une demi-heure »
    Mener les bras, travailler à force de bras.
    Mener les mains, se battre.
    Dans le langage familier, guerre, faire la guerre, guerroyer.
SCARR.: « En ce temps-là, le bon Belus, Suivi de soldats résolus, Menait guerre très violente »
    Mener la table, se dit, chez les cartiers, pour assortir les cartes et les diviser par jeux.

 15   Terme de géométrie. Mener une ligne d'un point à un autre, tracer une ligne qui joigne ces deux points.

 16   Mener, avec un nom de chose pour sujet, se dit de ce qui est cause qu'on vient.
CORN.: « Mais quelle occasion mène Évandre vers nous ? »
MOL.: « Je suis ici venu.... - Sans m'en faire récit, Je sais ce qui vous mène.... »

 17   Fig. Il se dit de ce qui achemine vers un terme, y fait aller.
CORN.: « Qu'aisément l'amitié jusqu'à l'amour nous mène ! C'est un penchant si doux qu'on y tombe sans peine »
BOSSUET: « L'idée du bonheur nous mène à Dieu »
VOLT.: « On est presque toujours mené par les événements, et rarement on les dirige »
BERN. DE ST-PIERRE: « Les lumières et les vertus n'y mènent à rien de distingué »
    Absolument. Le crime mène à l'échafaud. La débauche mène à la misère.
MONTESQ.: « Une religion [la chrétienne].... qui est faite pour sans cesse du repentir à l'amour et de l'amour au repentir »
VOLT.: « Trop de respect souvent mène à l'ingratitude »
C. DELAVIGNE.: « C'est pourtant là, milord, que mène l'inconduite »
    Cela ne mène à rien, on n'en saurait tirer aucun avantage.

 18   Fig. Il se dit aussi des motifs qui font agir.
CORN.: « Change, pauvre abusé, change de batterie, Conte ce qui te mène, et ne t'amuse pas à perdre innocemment tes discours et tes pas »
SÉV.: « Pour moi, je serais très fâchée d'être consolée ; je ne me pique ni de fermeté, ni de philosophie ; mon coeur me mène et me conduit »
J. J. ROUSS.: « Au lieu d'écouter son coeur qui la menait bien, elle écouta sa raison qui la menait mal »
J. J. ROUSS.: « À dix ans, il est mené par des gâteaux ; à vingt par une maîtresse ; à trente par les plaisirs ; à quarante par l'ambition ; à cinquante par l'avarice »

 19   Terme d'horlogerie. Se dit de l'action de la dent d'une roue qui presse l'aile d'un pignon.

 20   Se , v. réfl. Conduire soi-même sa voiture.
VOLT.: « La mode dans ce temps-là parmi les dames était de voyager sans laquais et sans cocher, et de se elles-mêmes »

 21   Fig. Se , être dirigé, conduit, en parlant de choses, d'affaires, etc.
BOSSUET: « Je ne vous parlerai pas de ces commerces dangereux, ni de ces intrigues qui se mènent parmi les ténèbres »
BOSSUET: « Cela se mène d'une manière qu'il n'est pas possible de vous en rien dire »
COLLIN D'HARLEVILLE: « Mais cette affaire-ci s'est menée un peu vite »

PROVERBES
    C'est le monde renversé, la charrue mène les boeufs.
    C'est un aveugle qui mène l'autre, se dit lorsqu'un homme de peu d'esprit et de sens entreprend de conduire un autre homme qui n'en a pas plus que lui.
    Tout chemin mène à Rome, on peut arriver à un but par différents moyens.

HISTORIQUE
    XIème siècle
     Lois de Guill. 4: S'il le pot truver, sil [ainsi le] merra [mènera] à la justice
     Ch. de Rol. XXVI: Emprès lui dient : sire, car nous menez
     ib. LXX: Recreans ert [il sera] de la guerre
     ib. CCLVIII: En France douce [elle] ert [sera] menée caitive [prisonnière]
    XIIème siècle
     Couci, VI: Si coiement ai ma dolor menée, Qu'à mon semblant ne la reconnoiston
     ib. XIV: Si j'atendrai.... Joie d'amour, se bonheur m'i maine
     Sax. XVI: Nuls ne nous faisoit guerre, ne ne menoit dangier
     Ronc. p. 11: Menez vostre ost banie [votre armée avec ses bannières]
     ib. 70: Hui perdra Charles l'orgueil qu'il seut [a coutume]
     ib. 118: Grant joie menent la pute gent turquée
     Rois, p. 243: Mes humes les abaterunt [les arbres] al bois de Liban, e al ewe les merrunt, e en la nef les chargerunt
    XIIIème siècle
HUES D'OISI: « Or menrez vous honteuse vie ci »
QUESNES: « Puis fu un jor qu'ele li dit : amis, Par paroles vous ai mené mains dis [jours] »
VILLEH.: « Et li nostre leur corurent sus, et les ent si près de la porte, que on lor gietoit grant fais de pierres sor les cors »
     Berte, V: De son païs [il] i fu menés mout très petiz
     ib. XXXVI: Grant paour [elle] ot du vent qui menoit trop grant bruit
     ib. XCVII: Se vous voulez la serve par no conseil [faire de la serve ce que nous vous conseillons]
     ib. CXIV: Tant [elle] a le roi Pepin par paroles mené, Qu'ens al manoir Symon sont tuit ensemble entré
BEAUMANOIR: « Et il est clere coze et aperte que li parastres ou le [la] marrastre mainent malvese vie as enfans »
BEAUMANOIR: « Li clers qui se vit de benefices de sainte Église ou de son patrimoine, sans nule marceandise »
     la Rose, 2151: Mene-toi bel selonc ta rente, De robes et de chaucemente
     ib. 3272: Vous avez tort vers cel amant, Quant par vous est si mal menez
     ib. 1897: Il est fos [fou] qui maine dangier [fait l'orgueilleux, le violent] Vers cil qu'il deüst losengier, Et qu'il convient à suploier
     ib. 7644: Mès se de mon conseil usés, Jà d'eus prier ne vous penés, Se la chose à fin ne menés
     ib. 3960: Qui sauroit quel vie ge moine, Il en devroit grant pitié prendre
     Marcoul et Salemon, ms. de St-Germ. f° 116, dans LACURNE: Fox [fou] est cil qui menra O [avec] soi quanque il a [tout ce qu'il a], Ce dit Salemons
    XIVème siècle
ORESME: « Aucunes choses qui ont esté touchées nous mennent à faire une question »
ORESME: « Sachent les autres faire beaux ymaiges, les autres bien les causes, les autres astrollogie »
     Guesclin. 1239: Prol. Onques n'i ot porcel ne s'en venist courant à la porte tout droit, telle vie menant Qu'on n'i oïst tonner le Pere tout-puissant
    XVème siècle
FROISS.: « Mon neveu le roi à present a conseil de lez lui que il croit plus que soi-mesme ; et ce conseil le mainne ainsi qu'il veut »
FROISS.: « Si les assaillirent de grand courage [un corps de troupes resté en arrière], et les ent tellement qu'ils en tuerent bien la moitié »
CH. D'ORL.: « Vueillez à mon cueur accorder, Sans par parolles le »
COMM.: « Chascun jour se menoient de petiz marchez pour soustraire gens l'ung à l'autre »
    XVIème siècle
AMYOT: « Jettez en le corps où vous voudrez ; car quant à moy, je n'en veux ny porter autre deuil »
AMYOT: « Combien qu'elle [Aspasie] menast un train qui n'estoit gueres beau ny honneste »
AMYOT: « Il les mena batant jusque dedans leur camp avec grand meurtre »
DU BELLAY: « Ce procès tant mené et qui encore dure, Lequel des deux vault mieulx, ou l'art, ou la nature »
MONT.: « Les princes sont menez et ramenez en leurs mouvements par les mesmes ressorts que nous sommes aux nostres »
H. EST.: « Nous usons de ce mot de mouton par translation, non pas tant pour un sot que pour un qui a cette simplicité antique, et y va à la bonne foy (comme on dit par proverbe) qui se laisse par le nez »
COTGRAVE: « Qui femme croit et asne meine, son corps ne sera jà sans peine »
MONTLUC: « Et commençasmes à à bon escient les mains »
LA BOÉTIE: « Vous nourrissez vos enfants, à fin qu'il [le tyran] les mene, pour le mieulx qu'il face, en ses guerres, qu'il les mene à la boucherie »

ÉTYMOLOGIE
    Wallon, miner, à l'ind. présent sing. mône ; provenç. menar ; espagn. menear ; ital. menare ; du lat. minare, ; comp. l'anc. haut allem. menen, l'anc. frison mena, le bas-saxon mennen, . Il faut remarquer qu'en latin minare ne se dit dans le sens de que des troupeaux, des animaux.


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


Conduire, guider. "Vous savez le chemin, menez-nous. Si vous n'y êtes jamais allé, je vous y mènerai. Le précepteur qui le menait au collége. Mener un enfant par la lisière. Mener la mariée à l'église. Mener une femme par la main."
Par extension, "Ce chemin mène à tel endroit", On va, par ce chemin, à tel endroit.
Prov., "Tout chemin mène à Rome," On peut arriver à un but par différents moyens.
Fig. et pop., "Je le mènerai par un chemin où il n'y aura pas de pierres," Je le poursuivrai vivement, je ne lui ferai point de quartier.
Prov. et fig., "C'est un aveugle qui mène l'autre," se dit Lorsqu'un homme de peu d'esprit et de sens, entreprend de conduire un autre homme qui n'en a pas plus que lui.



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, Conduire par force en quelque endroit. "Mener en prison. On le menait au supplice. Mener des captifs en triomphe. Où menez-vous ces gens-là?"
Prov. et fig., "Mener quelqu'un à la baguette," Le traiter avec hauteur, lui faire faire par autorité ce qu'on veut.



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie quelquefois simplement, Introduire, donner accès. "Menez-moi chez ce ministre. Il le mena chez son rapporteur."



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit aussi De ceux qui ont la conduite d'une troupe, et qui la font marcher et agir. "Le capitaine mène sa compagnie. Mener des gens à la guerre. Mener au combat, à l'assaut. Cet officier mène bien une troupe."
Fig., "Mener des troupes à la boucherie," Les exposer à une mort presque certaine.
"Mener le deuil," dans une cérémonie funèbre, Être à la tête des parents, des amis, de toutes les personnes qui forment le cortége.
"Mener la danse," Être à la tête de ceux qui dansent. Dans le même sens, "Mener le branle."
Fig. et fam., "C'est à vous de la danse, de le branle," C'est à vous de conduire les autres, de leur donner l'exemple.
Fam., "Mener la bande," Être le chef d'une association d'intérêt ou de plaisir. "C'est lui qui mène la bande." Dans le même sens, "C'est lui qui mène les autres."



5ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit aussi en parlant Des animaux, et signifie, Les conduire. "Mener les bêtes aux champs. Mener paître des vaches. Mener les chevaux boire, les à l'abreuvoir. Mener les chevaux au marché. Mener des chiens en laisse. Mener un cheval en main, à la main."
"Mener de front trois chevaux, quatre chevaux," Guider trois chevaux, quatre chevaux attelés sur une même ligne.
Fig., "Mener de front plusieurs affaires," Les conduire à la fois. "Mener de front plusieurs sciences," Les cultiver en même temps. "Il mène de front vingt travaux, vingt intrigues à la fois." On dit, dans un sens analogue, "Il mène de front les affaires et les plaisirs."



6ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit également en parlant Des voitures de terre et d'eau. "Mener une charrette, un carrosse, un cabriolet. Mener la diligence. Mener un bateau, une barque." En ce sens, il s'emploie absolument. "J'ai un cocher qui mène bien, qui mène grand train."
Prov. et fig., "Mener bien sa barque," Conduire bien ses affaires.



7ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, Voiturer. "Mener du blé au marché, des marchandises à la foire, du bois par bateau. J'ai là mon cabriolet, voulez-vous que je vous mène quelque part?"



8ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie en outre, Se faire accompagner de ou par. "Il mène bien des gens à sa suite. Il mena tout son monde avec lui."
Il signifie quelquefois, Forcer à suivre. "Ce voleur s'est enfui, il a mené loin les gendarmes qui le poursuivaient. Le cerf a mené bien loin la chasse; il l'a menée jusqu'à tel endroit."



9ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie figurément, Gouverner quelqu'un. "Il le mène comme il veut. C'est un pauvre homme, il se laisse par un tel. Il va comme on le mène. C'est sa femme qui le mène."
Prov. et fig., "Mener quelqu'un par la lisière, à la lisière," Le conduire, le gouverner comme un enfant.
Prov. et fig., "Mener quelqu'un en laisse," En disposer à son gré, le conduire comme on veut.
Prov. et fig., "Mener quelqu'un par le nez," Abuser de l'ascendant qu'on a sur quelqu'un, pour lui faire faire tout ce qu'on veut. "Il se laisse par le nez." On dit aussi, "C'est un homme à par le nez," C'est un homme faible, crédule, sans caractère.
"Mener doucement quelqu'un," Le conduire avec ménagement, l'épargner, éviter de le fâcher, de le révolter. "C'est un enfant timide, menez-le doucement."
"Mener les ennemis battant," Les obliger à se retirer avec précipitation, et les poursuivre dans leur fuite.
Fig. et fam., "Mener quelqu'un battant, tambour battant, le bien vite, le bon train, beau train, grand train, le rudement," Remporter l'avantage sur lui en peu de temps, le forcer à faire ce qu'on veut.
"Mener loin quelqu'un, le comme il faut, le rudement," Lui donner bien de la peine, lui susciter bien des affaires.
Par extension, "Cette médecine l'a mené doucement" ou "rudement," Elle l'a peu ou beaucoup tourmenté.



10ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, figurément, Amuser et entretenir de paroles, d'espérances. "Il y a six mois que vous me menez sans que je voie aucun effet de vos promesses. Il le mène de jour en jour. Je ne veux plus me laisser de la sorte. Il le menait avec de belles paroles."



11ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie encore, en parlant Des choses, Diriger, conduire. "Mener la maison, le négoce, le ménage. Mener une affaire, un procès, une négociation. Qui est-ce qui vous mène cette affaire-là? Comment va-t-elle? elle va comme on la mène. C'est lui qui mène tous les procès de la famille."
Fam., "Mener rondement une affaire," La traiter avec activité, sans trop s'attacher aux détails.
"Mener une vie sainte, une vie honnête, une vie scandaleuse," Vivre saintement, honnêtement, scandaleusement, etc.
"Mener un train, un grand train, grand train," Faire beaucoup de dépense, vivre avec faste.
Fam., "Mener grand deuil de quelque chose," En être fort attristé.
Fam., "Mener beau bruit, grand bruit," Faire grand fracas.



12ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit aussi figurément De ce qui dirige, de ce qui détermine les hommes. "L'ambition, l'intérêt le mène. Les préjugés mènent quelquefois les gouvernements comme les particuliers. Les talents mènent plus souvent à la réputation qu'à la fortune. Le crime mène à l'échafaud. La débauche mène à la misère. Le jeu, les femmes mènent loin, mènent bien loin. Le travail, l'activité et l'économie mènent à la fortune."
"Cela ne mène à rien," On n'en saurait espérer aucun avantage.
"Mener loin quelqu'un," lorsqu'il s'agit De choses qui se dépensent ou se consomment, signifie, Fournir longtemps du secours à quelqu'un, lui durer longtemps. "Ces provisions peuvent encore nous loin." Il s'emploie plus ordinairement avec la négation. "Cet argent ne le mènera pas loin, pas bien loin, guère loin. Ces munitions ne nous mèneront pas loin, ne peuvent nous bien loin."




Emplacement dans le dictionnaire :

mendié
mendier
mendigot
méné
mené
mène
meneau
menée
menees

ménestrel
ménétrier
meneur
menhir
méniane
ménianthe
ménie ou
menin
meninge
méningé
méninge




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...-et j'étais avec Yves, un soir de février, dans une diligence de campagne qui nous emportait vers Plouherzel. C'était un recoin bien perdu que ce pays de sa mère. Cette voiture devait nous mener en quatre heures de Guingamp à Paimpol, où nous comptions passer la nuit ; et, de là, il nous faudrait encore marcher longtemps à pied pour arriver au village. Nous nous en allions, cahotés sur...


Citation n°2 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...qu'il avait prise pour venir au monde. Je fis mes adieux à tous. Yves, pensif, debout contre la porte, m'attendait pour m'accompagner jusqu'à Toulven, où la diligence devait me prendre et me mener à la station de Bannalec. Anne et le vieux Corentin voulurent aussi me reconduire. ... et, quand je vis s'éloigner Toulven, le clocher gris et l'étang triste, mon coeur se serra. Dans combien...


Citation n°3 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...des gants de Suède d'une nuance assortie, alors, tout en gardant sa désinvolture de forban, sa tête en arrière et sa peau bronzée, il prenait tout à coup fort grand air. Cela nous amusait, de le mener avec nous, de le présenter à de braves gens auxquels son silence et sa carrure imposaient, et qui le trouvaient dédaigneux. Et c'était drôle, le lendemain, de le voir redevenu matelot, aussi bon...


Citation n°4 de Pierre LOTI (Pêcheur d'Islande)

...ou de la houle-cherchant à démêler la voix de Yann, se sentant trembler ensuite quand elle s'imaginait l'avoir reconnue. N'être pas revenu les voir, c'était mal de la part de ce Yann ; et mener une vie joyeuse, si près de la mort de Sylvestre, -tout cela ne lui ressemblait pas ! Non, elle ne le comprenait plus décidément, - et, malgré tout, ne pouvait se détacher de lui, ni croire qu'il fû...


Citation n°5 de Edmond ROSTAND (Cyrano de Bergerac)

...l'intérieur par des volets ouverts ; une table y est dressée, un menu lustre flamand y luit : c'est un réduit où l'on va manger et boire. Une galerie de bois, faisant suite à l'escalier, semble mener à d'autres petites salles analogues. au milieu de la rôtisserie, un cercle en fer que l'on peut faire descendre avec une corde, et auquel de grosses pièces sont accrochées, fait un lustre de gibier....


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